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nesousx

Pseudo: J.BrégerCatégorie: FamilleDescription:
C’est ainsi que me revient en mémoire cette histoire incroyable, inimaginable qui ne se voit qu’au cinéma, qui relate mon histoire. C'est cette histoire que je raconte dans un livre intitulé ''J'aurais pu vous aimer...''.
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Jeudi 24 Avril 2008

Qu’est- il de plus douloureux d’apprendre que l’on est né sans nom, abandonné par ses propres parents.  

Le jour où vous apprendrez cette nouvelle, il est fort probable que vous ne verrez plus la vie sous le même angle et n’aurez de cesse de rechercher vos origines, ou du moins ce qu’il en reste.

 Ce récit, adapté librement par l’auteur à partir de son histoire personnelle, est dédié à tous ceux qui, un jour, ont vu la terre s’écrouler autour d’eux en apprenant la vérité.

La quasi-majorité des noms et adresses figurant dans ce récit sont authentiques

                                         (Quelques extraits de mon livre)

                                                          SOUPCONS

 

Je ne veux plus voir personne en cette journée d’hiver sachant qu’il ne me reste plus beaucoup d’années pour mettre en ordre tout ce qui a été détruit autour de moi. Je sens une infinie fatigue m'envahir soudain. Je suis au bord du gouffre, mes jambes ne me portent plus, j'ai le souffle coupé, ma vue se trouble et mes yeux s'embuent en contemplant mon passé. Où est-il passé ce, soi-disant, bel athlète qui pouvait tenir des heures et des heures sans avoir jamais le moindre sentiment de fatigue. Je ne peux croire qu'en si peu de temps, qui me parait une éternité, ma vie ait pu se transformer en un pareil cloaque. Je suis seul, tout ce qui bouge autour de moi est obscur et confus, seule la réalité des choses de la vie me fait comprendre que ce n'est pas un rêve et que j'aurai du mal à m'en remettre un jour.

Je perds cette force intense qui me poussait vers l'avant. Tout ceci ne peut être que faux, mon imagination travaille et mes lointains souvenirs me reviennent en mémoire.

Qui a osé dire que je n'étais pas le fils de mes parents ? Qui oserait affirmer une telle obscénité et surtout, qui pourrait me faire croire que ma vraie mère m'a abandonné. Une telle situation est valable pour les autres, mais sûrement pas pour moi. Si tel devait être le cas, comment ma mère biologique a-t-elle pu accepter l'idée qu’elle allait me perdre pour toujours, ou savait-elle déjà entre quelles mains elle allait me confier ? Je me suis toujours demandé si il lui avait été possible de poursuivre sa vie sans avoir envers moi un sentiment de honte ou de culpabilité.

S'est-elle seulement souvenue de mes anniversaires, et a-t-elle toujours conservé l'espoir de me revoir un jour ?

Bien qu'ayant toujours pressenti que j'étais un enfant adopté, il est très difficile d'appréhender l'instant où vous recevrez en plein visage ce véritable coup de poing  qui vous laisse groggy, et sonne comme un affront qui ne s'effacera jamais. A de multiples reprises pourtant, certaines paroles ou actes de la vie courante m'avaient laissé craindre le pire, mais ma lâcheté m'a toujours évité de voir la vérité en face. Dans cette famille adoptive, dont l'univers ne me ressemblait pas du tout, tout était possible et pouvait arriver tant il fallait faire preuve de flair et d'ingéniosité pour arriver à démêler le vrai du faux. Etait-il si important que je sache la vérité, et me serais-je éloigné à tout jamais de cette famille bourgeoise si j'avais su plus tôt que j'étais un enfant adopté. La réponse à ces deux questions tient en un seul mot :

Oui.

Mes parents auraient-ils du avoir des enfants et étaient-ils conscients des difficultés que cela allait représenter pour eux par la suite, je ne le saurai jamais, mais ce dont je suis certain, en ce qui me concerne, c'est que jamais mes parents n'ont été fiers de moi, car à aucun moment dans ma vie je n'ai représenté l’enfant qu'ils auraient voulu avoir ou celui dont ils avaient rêvé.

Je me rappellerai toujours cette journée où je suis allé voir mon père hospitalisé à l'hôpital de Châteaubriant. En rentrant dans cette chambre, je ne pressentais pas ce qui allait arriver, ni dans quel état j'allais en ressortir et surtout, je me retrouvais dans la peau d'un enfant qui a peur de se faire gronder car, même sur son lit d'hôpital, mon père me faisait peur. Comment était il possible qu’un homme aussi petit, imposant sa volonté comme ce n’est pas possible, puisse être ainsi amené à vous terroriser.

Avant d’entrer j’écoutais attentivement les bruits qui provenaient de l’intérieur de cette chambre. Rien ne semblait pouvoir me faire craindre quoique ce soit, et c’est avec confiance et sans appréhension que je frappais à sa porte. Mon père était allongé sur son lit, car il venait d'être opéré du col du fémur et son visage marqué attestait des souffrances qu’il avait endurées.

Il ne me regardait pas et avait l'air  soucieux. Sa manière d'être envers moi n'était plus du tout la même que celle qu'il affichait d’habitude, mais je mis cela sur le compte du froid qui existait entre nous depuis des mois car nous ne nous parlions plus, pour de multiples raisons que seuls, lui et moi, connaissions.

Je le sentais fébrile et inquiet à la fois. C'était la première fois que j'éprouvais envers lui de la pitié, mêlée à de la tendresse et à un vague sentiment d’amour. Je m’approchais de lui, et il me demanda de le raser. Ce n’est qu’après plusieurs minutes d'un silence pesant, où nous ne nous disions rien, qu’il se redressa brusquement sur son lit.

Il me fit signe de m'approcher de lui et, pour une des rares fois dans sa vie, me prit la tête entre ses mains et voulu m'embrasser, ce qui dans un premier temps m'étonna et me choqua même. Je me penchais vers lui et effleurais sa joue, comme ci cela était la dernière fois que cela devait arriver. Cela signifiait-il que mon père, d'un seul coup, venait de découvrir qu'il avait un fils et qu'il l’aimait !

Soudain, de sa voix moribonde d’où ne sortaient que de faibles gémissements, il me dit qu'il souhaitait me parler car il avait des révélations à me faire qui risquaient de me bouleverser. Il ne pouvait plus, après tant d'années de silence caché, les garder pour lui. J'attendais ce moment depuis maintenant quarante huit ans, je tenais enfin ma revanche, car je savais parfaitement ce qu'il allait m'avouer.

Il me regardait maintenant fixement avec un air douloureux, je sentais qu'il voulait parler mais il ne pouvait pas, les mots ne lui venaient pas à la bouche, et je voyais des larmes couler sur son visage marqué par l'usure de l'âge. Ses lèvres bougeaient, mais aucun son ne sortait de ce corps amaigri qui semblait, à tout moment, vouloir quitter cette terre. Qu’allait il me dire qui le fasse tant souffrir, et le mette dans des états pareils, lui qui durant toute sa vie ne m’avait jamais fait la moindre confession.

Pour la première fois je voyais cet homme d'une dureté incroyable avoir enfin envers moi un sentiment humain. Au moment où ma tête s'en allait de ses mains, il s'agrippa à moi et, dans un murmure qui me parut une éternité, me souffla à l'oreille d'une voix sourde et plaintive cette phrase irréelle, qui ne voulait rien dire, mais dont, aujourd'hui encore, tous les mots me reviennent à l’esprit.

" J'ai juré à Monsieur BILLOT de m'occuper de cette petite fille là toute ma vie "

Après de longues minutes de silence, comme pour se faire pardonner  de m'avoir avoué une telle chose, je vis alors mon père me regarder fixement dans les yeux et me dire sans broncher cette phrase que j'attendais, secrètement, depuis quarante huit ans.

"Toi au moins, tu es bien mon fils ".

Et s’il s'était trompé de nom ?

Qui était ce Monsieur BILLOT dont mon père m'avait parlé, et pourquoi m'avoir dit qu'il avait juré à ce monsieur de s'occuper de cette petite fille toute sa vie. Je voulais savoir, mais ne pouvais imaginer une seconde tout ce qui allait en découler.

Pourquoi me suis-je plongé dans cette recherche effrénée de la vérité, alors qu’il me suffisait simplement de croire aux paroles de mon père, et était-il si invraisemblable que je ne puisse être son fils moi qui, par moment, ai détesté cet homme. Je ne l’ai jamais su, mais était-ce lui faire offense que de poursuivre mes recherches ou était-ce l’appel du sang qui me faisait réagir ?

Tu sais, maman, ce que papa m'a dit la dernière fois que je suis allé le voir à l'hôpital ? 

" Non  me répondit-elle’’.

Mon cœur se mit à battre la chamade car, si je prononçais la phrase que m'avait dite mon père, qu'allait-elle comprendre à ces mots incohérents que toute personne normalement constituée ne saurait interpréter ?

Profitant d'un moment où elle me regardait en face et semblait attendre de moi les paroles qui la forceraient à m'avouer la vérité au bout de quarante huit ans, je lui dis  la phrase que mon père m'avait murmurée quelques jours auparavant.

‘’ J’ai juré à Monsieur BILLOT de m'occuper de cette petite fille là toute ma vie ‘’

Alors, sans la moindre gêne, faisant comme si tout ceci était naturel, alors qu'elle m'avait menti toute sa vie me laissant croire qu'elle avait été accoucher, elle me regarda droit dans les yeux et me dit sans broncher.

" Oui, ni toi, ni ta sœur, ni ton frère n'êtes nos enfants "

A ces paroles brutales, blessantes, je voulus répondre ne pouvant accepter une telle humiliation quarante huit ans après ma naissance. Je voulais, à mon tour, faire souffrir cette femme qui m'avait pourtant élevé, mais c'est moi qui craquais en tombant à ses pieds. Accroché à ses chaussures, je pleurais de rage et de désespoir. J'aurais voulu la frapper, l'injurier ,l'humilier à mon tour en lui faisant comprendre que je n'étais pas son fils, qu’elle n’était pas ma vraie mère, et lui demander pourquoi elle m'avait menti toute ma vie me faisant tant souffrir. Mais que représentais-je à ses yeux, si ce n'est qu'une pâle copie de l'enfant qu'elle aurait souhaité avoir mais que, malgré tout, elle avait élevé pendant de longues années en essayant de lui cacher ses véritables origines.  Elle était redevenue muette et n’avait plus rien à dire.

Elle ne souhaitait plus s'éterniser sur une affaire dont elle venait de me donner la clé. Au bout d'un moment, qui me parut une éternité, je me relevais alors et lui lançais au visage cette phrase pleine de haine et de colère.

"Puisque c'est comme ça, je vais rechercher et retrouver mes vrais parents''

A ces mots, ma mère ne broncha toujours pas, me pris la tête pour que je me relève et me dit d'un ton sans réplique :

"Je t'interdis de les rechercher ".

Ma mère m’ayant dit, auparavant, qu’elle devait passer voir mon père l'après-midi à l’hôpital, je souhaitais revoir celui-ci, sachant que c'était certainement une des dernières fois où je le verrais vivant.

Je partis donc à l'hôpital, avant que ma mère n’y aille, avec la ferme intention d'avoir une explication avec celui qui venait, de par ses révélations qui ne correspondaient plus à rien, de provoquer un clash définitif. En arrivant devant sa chambre, très sur de moi et de tout ce que j'allais enfin pouvoir lui dire après toutes ces années de doute et de douleur cachés, je ne pouvais esquisser un sentiment de culpabilité. Comment allais-je m'y prendre pour interroger mon père sans vraiment l’humilier.

Je frappais à sa porte, entendant par avance le bruit sourd de sa voix qui allait me dire que je pouvais rentrer mais je n'entendis rien, si ce n'est que d'un seul coup, une, puis deux infirmières sortirent en courant me demandant de rester dans le couloir. Elles allaient et venaient, on aurait dit un essaim d'abeilles.

Maintenant ce n'était plus seulement des infirmières qui rentraient dans cette chambre mais aussi des hommes en blanc, des médecins qui allaient et venaient dans tous les sens sans discontinuer. Debout dans le couloir, je regardais tout ça, indifférent aux bruits qui continuaient de me parvenir aux oreilles. Toute cette agitation ne me disait rien de bon mais ce n’était, sûrement, que le fruit de mon imagination.

Tout à coup un médecin s'approcha de moi, me demandant si je voulais voir mon père. Il m'informa que d'après lui il n'y avait plus grand chose à faire. J'acceptais et rentrais dans cette pièce qui devait, au départ, être celle de toutes les révélations, et m'apprendre enfin qui j'étais. Là, tout éberlué,  je vis alors les médecins larder mon père avec des aiguilles sur tout le corps afin de vérifier s'il lui restait encore des semblants de réflexes.

Mon père était toujours vivant, mais les signes cliniques étaient mauvais, il ne bougeait plus, ne répondait plus, il respirait toujours et ses yeux grands ouverts fixaient la lumière blafarde qui rentrait dans sa chambre.

Un médecin s'approcha alors de moi et me dit d'essayer de lui parler, ce que je fis en me penchant, doucement, sur sa tête. Tout en lui caressant le front, je voyais ses yeux me fixer sans me voir. Cet homme qui durant toute ma vie m'avait pétrifié par son art infini à vouloir me rabaisser était là, inanimé, ne voyant que mon ombre. Etait ce bien mon père qui était en train de mourir devant moi, sans que je ne puisse rien faire, ou était-ce cet étranger qui m'avait tant menti durant toute ma vie, me laissant à jamais le sentiment  que je n’existais pas  !

Il ne réagissait plus et je voyais, sous mes yeux, mon père continuer à être torturé. Il restait figé, ne bougeait toujours pas et ne répondait à aucun ordre donné par les médecins. Son cerveau réagissait-il encore et son âme allait-elle sortir de son corps, m’obligeant ainsi à assister, impuissant, à sa mort en direct ?

En lisant et relisant mon extrait de naissance intégral je sursautais soudain en remarquant pour la énième fois ce passage où il était question de Monsieur Jacques BILLOT :

"Sur la déclaration de Monsieur Jacques BILLOT, 20 ans, artiste dramatique, habitant 64 rue Dutot à Paris’’.

Cette adresse du 64 rue Dutot à Paris me trottait dans la tête. Aurais-je le courage d'y aller, juste pour voir à quoi ressemblait l'endroit qui figurait sur mon extrait de naissance. Je n'osais pas affronter une nouvelle déception et  remettais de jour en jour cette visite que je m'étais juré de faire. Tous les jours je me disais que j'allais y aller, et tous les jours je remettais au lendemain. Plus les jours passaient et plus l'envie me tenaillait. Je me décidais enfin.

Qui était ce Monsieur BILLOT, artiste dramatique âgé de 20 ans ?

Sachant qu'il avait fait de la radio, ma femme téléphona un jour à je ne sais plus qu'elle radio, Radio France je crois, et essaya par des moyens détournés d'obtenir des renseignements concernant ce Monsieur BILLOT. Le temps s'éternisait au téléphone, quand tout à coup nous entendîmes dans le haut parleur des pas se rapprocher, nous pouvions distinguer des murmures et quelqu'un qui disait

" Allô Madame, vous m'entendez ? "

Oui lui répondit ma femme, accrochée à son téléphone

" Ecoutez, madame, je ne peux rien vous dire, mais je pense qu'il vaut mieux que vous laissiez tomber’’.

Comment allais-je m’y prendre pour essayer de trouver le moyen de remonter des années en arrière. Rien ne m'incitait à être optimiste concernant la recherche de mes origines, car ce n'est certainement pas l'administration qui vous sera d'un grand secours. Inutile de chercher, la réponse sera toujours évasive, ou le plus souvent négative.

Alors, essayez de remonter le temps et, peut être, un jour arriverez vous à vos fins !

Qui sait, en effet, ce qui peut advenir dans une vie ?

Pendant de très longues semaines je restais à me morfondre attendant un indice qui bien évidemment ne venait jamais. C'est alors qu'un jour, en lisant le journal "L'équipe " je tombais sur un article qui attisa ma curiosité. Il s'agissait du "soi-disant" plus grand tournoi de tennis jamais organisé au monde avec une participation de plusieurs milliers de joueurs, dont la finale devait avoir lieu au club de tennis de Meudon.

Je m'étais dit qu'avec énormément de chance, si j'arrivais à passer quelques tours en allant affronter tous ces jeunes, je pouvais faire parler de moi et peut être aurais-je alors une chance d'avoir un article dans les journaux ce qui me permettrait alors de lancer un appel pour retrouver ce Monsieur BILLOT.

Le samedi 23 Mars, veille de cette finale, Europe 1, qui parrainait ce tournoi, avait installé un studio dans un des bureaux des tennis de Forest-Hill et désirait m’interviewer.

Je me rappellerai toujours de cette soirée, sachant que si j'avais fait ce tournoi c'était pour que l'on parle de moi. Je décidais alors de demander à Gérard FUSIL, qui menait l'interview, en compagnie de Patrice DOMINGUEZ, de me laisser quelques secondes pour lancer un appel à la radio.

Je désirais juste envoyer un message à ce Monsieur BILLOT pour qui j'avais consenti tous ces efforts. Gérard FUSIL me regarda, étonné, et me dit qu'il n'était pas question de passer ce genre de message durant les quelques minutes qui nous étaient accordées.

Gérard FUSIL me regardait estomaqué et soudain, dans ce petit bureau où quelques minutes auparavant les gens parlaient et riaient à gorges déployées, un silence de mort s'abattit. On aurait entendu une mouche voler, j'avais la nette sensation que tous ces gens qui au départ étaient venus, plus par curiosité  qu'autre chose, me regardaient maintenant avec des yeux différents. Il me semblait, d'un coup, avoir acquis leur respect, ce qui pour moi était déjà un point très important. Ils avaient compris quelles étaient mes motivations pour lesquelles j'avais fait ces efforts démesurés à un âge où il est plus prudent de se tenir à l'écart.

Au bout de quelques minutes Gérard FUSIL me prit par l'épaule et me dit que dès Lundi, soit le lendemain du match, il parlerait de mon histoire à Pierre BELLEMARE, qui à l'époque, produisait une émission télévisée qui s'appelait "Au nom de l'amour " où il faisait se retrouver des personnes s'étant perdues de vue depuis très longtemps. Malgré mon impatience et les jours qui passaient, j'attendais l'appel de Gérard FUSIL. Il ne m’appellera jamais. Encore aujourd’hui, j’ignore toujours la raison mais, sûrement, en avait-il une bonne. Peut être avait-il oublié, nul le peut le savoir à ce jour, sauf lui.

Un vendredi matin, alors que ma femme était partie aux commissions, le téléphone se mit à sonner. Au bout d'un temps qui me parut interminable, la voix se fit soudain entendre et me dit :

"Allô, pourrais-je parler à Jacques, Robert, Raoul BREGER’’

Sur le coup, je ne fis pas attention à ces paroles et répondis :

" Oui c'est moi’’.

De nouveau un long silence, très long silence se fit et j'entendis soudain le téléphone faire occupé. On avait raccroché. Je raccrochais aussi et ne fis pas attention, outre mesure. Je restais néanmoins interloqué par cet appel dont je ne comprenais pas le sens.

Qui était cette voix qui venait de se manifester sans me donner de nom.

Durant les jours qui suivirent, je n'étais de nouveau pas bien dans ma peau et je me posais un  tas de questions dont je n'avais pas les réponses. Pourquoi avait-il raccroché ! Tout ceci me plongeait dans un profond désarroi. Plusieurs mois passèrent ainsi et j'avais perdu tout espoir que le téléphone sonne de nouveau, quand un beau jour je reçu un nouvel appel. Je reconnus de suite la voix qui était au bout du fil. C'était celle qui plusieurs mois auparavant m'avait appelé puis avait raccroché. De nouveau l'homme prononça les mêmes paroles

"Allô, pourrais-je parler à Jacques, Robert, Raoul BREGER’’

Cette fois ci, je ne lui laissais pas le temps raccrocher et lui demandais ce qu'il voulait à Jacques, Robert, Raoul.

Il pleurait maintenant et, d'une voix inaudible, me fit alors cette confession qui, encore aujourd’hui, résonne dans ma tête.

"Voilà, votre père s'appelle Gérard MASSARD et, tout comme moi, il a fait de la radio dans les années 1964 avant de devenir un très grand violoniste. Quant à votre mère, elle se fait appeler Michèle ROUSSEAU et est également une grande pianiste, ils sont tous les deux des spécialistes de MOZART et de BEETHOVEN et ont parcouru le monde entier pour donner des concerts ‘’

Pourquoi Monsieur BILLOT m’avait-il dit, en parlant de mon père et de ma mère.

‘’Votre père s’appelle Gérard MASSARD et votre mère s’appelle Michèle ROUSSEAU ‘’.

Le fait qu’il ait employé le verbe appeler au présent me laissait supposer que mes parents étaient toujours vivants.

Mon unique rêve aurait été de pouvoir dire à ma mère qu'elle n'avait aucun regret à avoir, qu'elle n'était en rien responsable de ce qui était arrivé, que j'avais été toujours heureux et que son geste n’aura, finalement, été qu’un véritable acte d'amour. Peut être, un jour, en aurai-je le courage, si je la retrouve. La vie est ainsi faite qu’il faut parfois des hasards incroyables pour pouvoir réaliser ses rêves, sans que vous n’y preniez garde.

C’est ainsi que me revient en mémoire cette histoire incroyable, inimaginable, exceptionnelle, qui ne se voit qu’au cinéma, qui m’est arrivé juste après le tournoi de Forest Hill.

C’était un samedi et il faisait très beau. Alors que j’étais assis à une table en train de boire un verre avec un de mes amis dans mon club de Meudon, j’entendis venir d’une table voisine des éclats de voix. Il y avait là une dizaine de personnes qui semblaient s’amuser comme des fous. Je les connaissais tous, sauf un, qui ne disait pas un mot.

Nous roulions sans rien dire et écoutions en silence cette musique venue d’un autre monde. Alors qu’il m’indiquait que nous allions arriver au restaurant, je finis par lui demander quel était son nom.

‘’Je m’appelle Jacques MASSARD me répondit-il ‘’

Sur le coup je restais stupéfait. Ce nom de MASSARD ne m’était pas inconnu pour l’avoir entendu prononcé par Monsieur BILLOT quelques temps auparavant, mais il ne pouvait s’agir que d’une simple coïncidence.

Il ouvrit la porte et, soudain, posé contre un fauteuil, je vis son violoncelle recouvert d’une étoffe précieuse. Je souhaitais qu’il me joue quelque chose, bien que je sache que ce n’était pas le moment. Il acceptât et me dit qu’il allait jouer ‘’Juste‘’ pour moi le deuxième mouvement du triple concerto pour piano, violon et violoncelle de Beethoven. Il prit alors une chaise, saisit son violoncelle et je vis son archet commencer à aller de bas en haut. C’était magnifique, tellement beau que je ne pouvais m’empêcher de le regarder jouer. Comment était-il possible de pouvoir ainsi, par la magie de ses doigts, sortir de tels sons d’un instrument aussi gros.

Je n’osais bientôt plus le regarder, car j’avais les yeux qui commençaient à s’emplir de larmes, je me détournais et regardais ailleurs tout en écoutant cette musique que, seul ce soir là, je pouvais entendre.

Soudain, sur une petite table qui se tenait sur ma droite... 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

publié par J.Bréger dans: Né sous X
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